Adieu, Eddie…

Par Bane

Hein ? Quoi ? Non, pas lui !

La nouvelle arrive ce mardi 6 octobre, en soirée. Journée maussade, soirée chiante, climat sinistre… Et puis ça. Le choc, forcément. Le vrai choc, celui qui fait perdre l’équilibre. Assis sur mon lit, j’encaisse la nouvelle : Eddie Van Halen est mort. Et avec lui, quelque part, c’est un peu la guitare électrique toute entière et un mur porteur du rock qui meurent aussi. Évidemment, je ne le connaissais pas personnellement, je ne l’avais jamais rencontré. Mais hier, j’ai un peu eu l’impression de perdre un pote.

65 ans, merde, c’est pas vieux ! Cancer de la gorge, forcément, pour ce fumeur invétéré. Après toutes ces années à nous faire rêver, un dernier coup de vibrato et puis s’en va. Comme la fin d’un de ses solos, finalement…

Tu vois, ami lecteur, j’ai envie d’écrire ce billet depuis hier soir, depuis que je suis tombé sur mon lit. On est mercredi matin, je suis devant l’ordi et je me sens con. Impossible de trouver mes mots, de savoir quoi dire. Lui, ça ne lui serait jamais arrivé. Il aurait pris sa gratte, aurait allumé l’ampli et aurait éructé les notes qui vont bien, il aurait su quoi dire. Je me sens con. Lui, il a pondu des disques, plus d’une centaine de chansons. Il nous a régalés pendant des années. Et malgré tout le respect et l’admiration que j’ai pour lui, me voilà incapable d’écrire trois lignes… Quel gros nul je fais.

On est mercredi matin, j’ai écouté Eruption dans la voiture. La dernière fois que ce solo m’a autant dressé le poil, c’est le jour où je l’ai découvert. Maintenant, forcément, je ne l’écouterai plus jamais pareil. Cet énorme coup de vibrato qui ferme le truc, il n’aura plus jamais la même saveur. Désormais, à chaque fois que j’écouterai le disque, j’aurai la boule à la gorge. On est mercredi matin et une des solides fondations de la grande charpente de riffs qui constitue mon monde vient de se casser la gueule, et je suis coincé en dessous, dans les décombres.

Alors que dire ? Que dire à Eddie – ouais, c’est presque un ami, finalement -, si ce n’est : MERCI. Un bête merci, un grand merci, un éternel merci. Quoi d’autre ? « Repose en paix » ? Mouais, j’en doute. S’il y a quelque chose après la mort, sois sûr qu’Eddie est parti noyé ce quelque chose dans un tsunami de guitare. Si le fameux escalier vers le Paradis, cher à Led Zep, existe bien, Eddie y fait des allers-retours, guitare à la main, sourire aux lèvres. C’est quand même pas la mort qui va l’empêcher de s’exprimer, si ?

Parce qu’Eddie, contrairement à ce que beaucoup pensent, il ne jouait pas de la guitare. Non. Il discutait, il criait, il se marrait. La guitare n’était pas un instrument. Non. C’était l’extension de lui-même, comme un membre qui n’aurait pas poussé pendant la grossesse de maman Van Halen et qu’il se serait greffé plus tard, fabriqué par Eddie lui-même. Une extension de ses mains, de ses doigts, de sa voix. C’est marrant, je n’ai jamais entendu le son de sa voix, je n’ai jamais entendu d’interview, rien du tout. Pourtant, j’ai l’impression de l’avoir entendu me parler, me raconter des blagues. Tout ça avec sa six cordes.

La guitare d’Eddie, c’est trois choses : un son unique – l’avantage de la fabriquer soi-même -, un toucher unique et une émotion unique aussi. Certains gratteux se targuent de tout fabriquer, d’écrire chaque solo à la note près. Eddie n’était pas comme ça. Lui, il prenait la guitare et ça sortait, comme ça, sans réfléchir. Le patron de l’impro.

Prenons LE solo que tu connais : Beat It. Michael Jackson voulait un son « de blanc » pour sa chanson, il voulait un solo de guitare du hard rock. Il avait à sa disposition un paquet de bons gratteux. Mais non, il a appelé Eddie. Eddie est entré dans le studio, il a branché sa guitare et PAF. Une prise plus tard, on le tenait, l’un des plus grands solos de tous les temps. Totalement improvisé, une seule prise, une fin explosée au vibrato, quelques secondes seulement, qui éclipsent tout le reste de la chanson – et quelle chanson ! Eddie ne sera pas payé pour ce solo, il n’a réclamé qu’un pack de bières.

Cette anecdote dit tout en fait. Pour trois fois rien, Eddie a improvisé l’un des plus grands moments de l’histoire de la pop. Sans se fouler, juste comme ça. Ce solo colossale, personne ne saura plus le jouer après, pas même lui. Parce qu’on aura beau le connaître, savoir jouer toutes les notes, personne n’aura jamais le feeling qu’il faut. Même pas lui, quand il le jouera en live. Il manquera toujours la spontanéité du moment précis.

Voilà, c’est ça le mot, je mets enfin le doigt dessus après toutes ces lignes inutiles : spontanéité. Eddie, c’était un mec spontané, qui jouait des trucs spontanés.

Et donc quoi ? Que faire pour honorer sa mémoire ? Écouter les albums, forcément. Des albums que je connais par cœur (le premier, le 5150, le 1984), des que je connais pas trop mal (le II, F.U.C.K) et redécouvrir ceux que je connais mal, voire pas.

Et finalement, c’est ça que j’ai envie de te demander, ami lecteur. Oui, il a fait Beat It et Jump. Mais pas que ! Alors, allez, choisis un album, choisis une chanson que tu ne connais pas et écoute. Écoute Eddie faire le con avec sa guitare, écoute-le rigoler avec ses cordes. Et tu comprendras, tu sauras pourquoi je suis tombé sur mon lit hier soir, quand j’ai appris la nouvelle.

Mine de rien, ce petit hollandais a tout changé ! Il a ni plus ni moins inventé le hard rock des années 80, il a inventé la guitare des années 80 et il a même fait exploser le synthé kitsch des années 80. Même Malmsteen, ce gros ronchon, même lui reconnaissait le talent du bonhomme, c’est pas rien !

Bref, trêve de conneries, j’ai trop parlé pour ne rien dire. En plus, tu t’en fous, ami lecteur ! Et puis comme nous l’a dit Eddie dans une de ses meilleures compositions : « sèche tes larmes, garde toutes celles que tu as versées, c’est de ça dont sont faits les rêves ». Tain, encore un titre que je ne pourrai plus jamais écouter de la même façon…

Alors je me contenterai de dire merci. Merci, Eddie. Nan, allez, un peu de respect.

Merci, Edward. Merci, monsieur Van Halen.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Créez un site ou un blog sur WordPress.com

Retour en haut ↑

Créer un nouveau site sur WordPress.com
Commencer
%d blogueurs aiment cette page :